À la fin des années 1990, Paris n’est pas encore la capitale mondiale du streetwear. Pourtant, dans l’ombre des maisons de couture, s’élève une griffe qui va marquer son époque : Com8. Née sous l’impulsion directe de JoeyStarr, figure incontournable du duo Suprême NTM, la marque s’impose d’emblée comme un manifeste du rap hexagonal.
Com8 n’a pas attendu la reconnaissance pour imposer son style. Dans les années 2000, la marque devient une bannière pour toute une génération, avant de s’effacer quelque temps. Mais en 2023, contre toute attente, elle revient sur le devant de la scène, réveillant la nostalgie des amateurs et l’intérêt des passionnés de streetwear. L’histoire recommence, chargée d’une énergie nouvelle et d’un héritage revendiqué.
Com8, une marque née du rap et de la rue
À ses débuts, Com8 s’enracine profondément en Seine-Saint-Denis. Pas de façade ni de posture : JoeyStarr, pilier de NTM, veut donner un visage à la jeunesse des quartiers. Ici, aucune concession à la récupération marketing. Les vêtements deviennent autant de déclarations, incarnant unicité, fierté, et volonté de s’affirmer dans une société qui écoute peu la banlieue. Le logo, ce fameux 8 stylisé, s’imprime sur les vestes, les t-shirts, et finit par habiller musiciens, sportifs, artistes, tous porteurs de cette identité urbaine. On l’a vu sur les rings avec Jérôme Le Banner, boxeur charismatique, qui renforce l’image combative du label.
Le phénomène streetwear, parti de New York, s’ancre ainsi sur le sol français. En parallèle de l’essor du hip-hop, Com8 fait de la banlieue un centre de gravité, loin des caricatures. Chaque pièce raconte l’histoire d’une génération qui revendique sa place dans l’espace public. En Île-de-France, la marque s’impose comme un repère, fédérant bien au-delà du cercle des initiés.
Qui se cache derrière la création de Com8 ?
Com8 naît sous l’impulsion directe de JoeyStarr, alors au sommet avec NTM en 1998. Il ne s’agit pas seulement de capitaliser sur la notoriété du groupe. JoeyStarr, alias Didier Morville, veut offrir aux jeunes banlieusards une marque à leur image. On ne vend pas un simple logo : on propose un miroir de leur réalité, de leur diversité, de leur ténacité. NTM et Kool Shen constituent le socle du rap français, mais c’est bien JoeyStarr qui porte Com8, de la conception à la diffusion.
Les premiers fans sont issus des quartiers, mais très vite, sportifs et artistes s’emparent aussi de la marque. Com8 devient un phénomène collectif, porté par des anonymes et des personnalités, tous unis par le même besoin de reconnaissance. Après une première période intense, la marque connaît un second souffle. Dès 2020, Jordan Nacmias, Lenny Guerrier et Mara Lellouche prennent la relève : une nouvelle équipe, pleine d’ambition, décide de faire vivre l’héritage tout en l’adaptant à la réalité de leur époque. Com8 traverse ainsi le temps sans jamais renier ce qui l’a fait naître.
L’influence de Com8 sur la scène streetwear française
Dans la mouvance du rap français, Com8 s’impose vite comme pionnière. À la fin des années 1990, la marque de JoeyStarr décloisonne la mode urbaine : le vêtement devient une prise de parole, un marqueur social, une revendication visible. Les banlieues, et particulièrement la Seine-Saint-Denis, voient émerger une nouvelle façon de porter son identité.
Cette dynamique inspire d’autres marques, souvent portées par des artistes issus du rap et du hip-hop. Pour donner un aperçu de cette effervescence, voici quelques exemples de labels nés dans ce sillage :
- B. O. S. S : portée par la mouvance Secteur Ä
- 2 High : liée à IV My People et à Kool Shen
- African Armure : création de Papou, soutenue par Mafia K’1 Fry
- Wati-B : associée à Sexion d’Assaut
À côté de Com8, on retrouve aussi Dia (par Mohammed Dia), Royal Wear (par Sully Sefil), Bullrot (popularisée par Don Choa et Dadou), Wrung (proche de Mafia K’1 Fry et Lunatic), ou Unkut (emblématique de Booba). Chacune apporte ses propres codes, mais toutes partagent ce lien avec la scène rap et l’exigence d’authenticité.
Com8, avec son engagement pour l’inclusivité et la diversité, ne se limite pas à la musique. Elle investit aussi les rings et les stades, soutenant des athlètes comme Jérôme Le Banner. Le streetwear français devient alors un mouvement global, reflet d’une jeunesse qui refuse l’invisibilité et qui s’empare de la mode pour s’affirmer.
Le retour de Com8 : renaissance d’une icône du streetwear
En 2020, Com8 fait un retour qui ne passe pas inaperçu. Aux commandes, Jordan Nacmias, Lenny Guerrier et Mara Lellouche. Leur mission : réinventer la marque sans diluer son identité. Pari tenu : l’esprit des débuts demeure, mais le style s’affine. Le streetwear s’ouvre à une dimension plus raffinée, sans renier ses racines populaires.
En s’appuyant sur l’héritage de JoeyStarr, l’équipe multiplie les collections. La ligne HERITAGE revisite les classiques, t-shirts, hoodies, sweatpants, tandis que des séries comme OR, Jaguar ou Collector 98 explorent de nouveaux terrains, travaillant matières et coupes avec exigence. Loin d’un simple effet revival, Com8 s’adresse à une génération qui veut conjuguer affirmation et singularité.
La boutique en ligne devient le cœur du dispositif. Sur les réseaux sociaux, la marque cultive son récit : héritage, innovation, fierté. Com8 ne se contente plus de parler à la banlieue : elle s’adresse à toute la scène urbaine française, tout en restant fidèle à son histoire. Sous la houlette de ses nouveaux visages, la marque retrouve sa place : celle d’un streetwear qui n’a rien perdu de sa force, et qui continue de donner le ton, vingt ans après sa création.
Com8, c’est l’histoire d’un retour qui ne ressemble à aucun autre : une marque née du rap, qui n’a jamais cessé d’habiller l’audace et l’énergie d’une génération. Et si le vrai style, finalement, c’était de rester fidèle à ses origines tout en avançant sans regarder en arrière ?


