Taux d’intérêt : quand vont-ils descendre ?

4 % : c’est le chiffre qui s’impose, sans fard, sur le marché du crédit immobilier français. Depuis septembre 2023, la Banque centrale européenne campe sur un taux directeur de 4 %, alors même que l’inflation commence à marquer le pas. En France, les taux des crédits immobiliers ont eux aussi franchi la barre des 4 % à la fin de l’année dernière, une altitude qu’on n’avait plus vue depuis plus d’une décennie.

Les économistes avancent une stabilisation prudente en 2024. Cependant, les premières vraies baisses pourraient ne pas pointer avant 2025, et seulement si l’inflation se calme durablement. Les incertitudes qui planent sur la croissance et l’emploi en Europe rendent les prévisions pour 2026 plus floues encore.

Où en sont les taux immobiliers aujourd’hui ?

Actuellement, le marché français dévoile un taux immobilier moyen compris entre 3,8 % et 4,1 % sur vingt ans, selon les chiffres de l’Observatoire Crédit Logement/CSA pour le printemps 2024. Ce niveau, inédit depuis le début des années 2000, rebat les cartes du coût total à supporter pour accéder à la propriété. Monter son dossier de crédit immobilier signifie aujourd’hui affronter un taux annuel effectif global (TAEG) qui peut approcher les 5 % dans certaines situations, avec l’assurance emprunteur et les frais additionnels pris en compte.

L’impact est direct sur l’accès à la propriété. Obtenir un crédit devient synonyme d’apport renforcé, de coût du crédit alourdi, et d’un passage obligé devant des banques exigeantes, peu enclines à prendre des risques. Résultat : la production de crédits immobiliers s’est effondrée de près de 40 % en douze mois, comme le confirment les dernières données de l’Observatoire.

Durée Taux moyen constaté (avril 2024)
15 ans 3,75 %
20 ans 4,05 %
25 ans 4,15 %

Dans ces conditions, décrocher un taux crédit qui sorte du lot relève du casse-tête. Il ne faut rien négliger : la durée de remboursement, la capacité d’apport, la solidité de son dossier, l’optimisation de l’assurance emprunteur. Ceux qui maîtrisent le fonctionnement du marché examinent chaque variable de près, surveillant les mouvements du taux intérêt prêt ou du TAEG, car au bout du compte, c’est la précision qui fait la différence.

Quels facteurs pèseront sur l’évolution des taux jusqu’en 2026 ?

Plusieurs leviers vont conditionner l’évolution des taux d’intérêt d’ici 2026, sous la houlette de la Banque centrale européenne (BCE). Cette institution pilote avec fermeté sa politique monétaire, fixant les taux directeurs qui influencent ensuite le coût du refinancement bancaire et, par ricochet, les taux crédit immobilier proposés aux particuliers.

La lutte contre l’inflation oblige la BCE à garder la main ferme. Tant que la hausse générale des prix ne se rapproche pas franchement de la cible fixée à 2 %, l’institution hésite à basculer vers des signaux d’assouplissement. Le moindre essoufflement de l’inflation, ou le prolongement d’une croissance atone en zone euro, pourrait toutefois peser sur les choix à venir. Par ailleurs, le climat d’incertitude lié au contexte international et aux finances publiques continue d’affecter le moral des marchés.

Autre élément à surveiller : la trajectoire de la dette publique française impacte les taux des OAT à 10 ans, qui servent de référence au financement de l’État et, par capillarité, au niveau général des taux du marché. Si la situation budgétaire continue à se détériorer, l’emprunt coûtera plus cher, et cela se répercutera aussitôt sur les taux immobiliers proposés aux ménages.

Pour ne rien arranger, les banques françaises, déterminées à restaurer leur rentabilité après deux années de marges écrasées, restent sur leurs gardes. Elles réajustent leurs barèmes avec précaution, notamment face au risque de défaut et aux variations de prix du logement dans les grandes agglomérations. Retrouver des taux d’emprunt immobilier réellement attractifs passera forcément par une équation complexe où chaque variable peut tout faire basculer.

Quels scénarios pour 2026 ?

2026 s’annonce comme le théâtre de toutes les projections. Selon les dernières analyses de la Société Générale, la détente pourrait enclencher, au fil du second semestre 2024, une lente amélioration sur le front des taux crédit immobilier. L’observatoire Crédit Logement/CSA vise même un retour du taux moyen autour de 3 % à 3,2 % si l’inflation marque une pause durable et que la croissance ne faiblit pas davantage. Pour les courtiers, la clé reste dans le tempo et le ton que la banque centrale européenne donnera, après des années de resserrement.

Le consensus n’existe pas, loin de là. Pour Cafpi, la baisse pourrait prendre plus de temps : entre instabilité mondiale, tension sur la dette publique et flottements autour de l’emploi européen, le danger de voir la courbe des taux s’écraser trop tôt existe. Certains spécialistes redoutent même un maintien durable au-dessus de 3,5 %, notamment si la Fed continue sur une ligne rigide et influence les choix en Europe.

Pour cerner les perspectives qui se dessinent, plusieurs scénarios restent envisagés :

  • Scénario optimiste : voir le taux immobilier descendre entre 2,8 % et 3 % d’ici fin 2026, à condition que la BCE accélère la détente et que la croissance reparte.
  • Scénario médian : une stabilisation des taux crédit immobilier entre 3 % et 3,5 %, avec des banques prudentes et un retour progressif à la normale.
  • Scénario prudent : rester au-dessus de 3,5 % si l’inflation freine moins vite que prévu ou si le contexte international se tend encore.

Au fond, la réalité dépendra aussi des orientations prises par les banques centrales internationales et de la capacité de l’économie européenne à encaisser les inévitables à-coups à venir.

Jeune femme attendant devant une banque en regardant son smartphone

Faut-il attendre la baisse pour acheter ou agir dès maintenant ?

La question tracasse acheteurs novices comme investisseurs chevronnés : patienter dans l’attente d’un taux abaissé ou enclencher son achat immobilier au plus vite ? Dans l’incertitude, le marché se tend. Les taux prêt immobilier restent aujourd’hui dans le sillage des 3,8 % sur 20 ans, d’après les notes de mai 2024 de l’Observatoire Crédit Logement/CSA. L’éventualité d’un repli à venir est souvent évoquée, même si sa rapidité ne fait pas l’unanimité.

Attendre, c’est aussi prendre le risque d’une remontée du prix immobilier dans certains secteurs, car la rareté commence à se faire sentir. Le coût total d’un crédit immobilier ne dépend pas que du taux signé. Pour donner une vision nette des paramètres à prendre en compte, on peut énumérer :

  • le niveau du taux fixe,
  • la durée du prêt,
  • le coût de l’assurance emprunteur,
  • l’apport personnel mis sur la table,
  • et la capacité à obtenir une offre concurrentielle de la part des banques.

Un projet robuste peut réussir à absorber une différence de taux, si la préparation est rigoureuse.

Avant toute prise de décision, il reste avisé de :

  • Simuler son prêt immobilier pour évaluer le réel impact financier d’une variation de taux, au regard de l’évolution des prix et du coût assurance emprunteur.
  • Comparer ce scénario à l’épargne sécurisée (Livret A, LDDS, PEL), dont le rendement net, après fiscalité, demeure modeste.
  • Évaluer sa situation : stabilité professionnelle, apport disponible, pouvoir de négociation avec les banques, autant de points qui peuvent faire basculer l’équilibre.

Affronter le marché, c’est autant une question de dossier bien construit et de négociation fine que de calendrier idéal. L’attention portée aux détails, l’agilité à adapter sa stratégie et le discernement dans le choix des partenaires pèseront bien plus lourd dans la réussite d’un achat immobilier que le seul verdict du comité monétaire européen. Un vent favorable profitera surtout à ceux qui savent ajuster leurs voiles.

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